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Penser la densité urbaine autrement

 

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Anne Roué Le Gall

Publié le

  • professeure à l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP).

  • responsable du diplôme d’établissement « Santé Publique et Aménagement des Territoires : vers un urbanisme favorable à la santé ».

  • professeure à l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP).

  • responsable du diplôme d’établissement « Santé Publique et Aménagement des Territoires : vers un urbanisme favorable à la santé ».

Pour cette interview, elle a répondu avec Clément Deloly, ingénieur d’études « Urbanisme et Santé » à l’EHESP. Urbaniste de formation, il travaille à l’intégration des enjeux de santé et d’environnement dans les politiques d’urbanisme, et en particulier dans l’aménagement opérationnel.

Peut-on parler de l’émergence d’un urbanisme « sanitaire », accélérée par la crise que nous venons de traverser ?

L’urbanisme sanitaire a une dimension hygiéniste assez réductrice. Basée sur une approche globale et positive de la santé, notre démarche d’urbanisme favorable à la santé consiste non seulement à réduire l’exposition des populations à des facteurs de risque (polluants de l’air, isolement social, îlot de chaleur, etc.) mais aussi à jouer sur les leviers comportementaux qui vont générer des bénéfices pour la santé et le bien-être (alimentation saine, pratique d’activité physique incluant les mobilités actives, interactions sociales, accès aux espaces verts, etc.). Jusqu’à présent, nous nous étions essentiellement concentrés sur les maladies chroniques non-transmissibles causées par des facteurs environnementaux, l’environnement étant ici considéré au sens large.

Même si la crise du Covid-19 a mis les projecteurs sur les risques infectieux, on ne peut pas nier le fait que les grands enjeux de santé publique, comme le vieillissement de la population, l’augmentation des inégalités de santé, ou les maladies chroniques, augmentent la sévérité des cas de Covid-19 et la manière dont ont été vécues les expériences de confinement. Ainsi, les nouvelles pratiques d’aménagement doivent dorénavant prendre en compte les risques épidémiques, sans mettre de côté ces grands enjeux de santé publique mais en les considérant de manière conjointe. Ce qui est certain, c’est que tout cela va susciter davantage d’intérêt pour cet urbanisme favorable à la santé. Santé qui ne doit pas se réduire à un simple indicateur, car il s’agit d’un processus dynamique et global. A ce titre, beaucoup d’acteurs du territoire doivent se considérer comme acteurs de santé publique. C’est un sujet éminemment fédérateur.

Quels sont les principaux enjeux pour la santé sur lesquels l’urbanisme a un rôle à jouer, et de quelle manière la crise liée au Covid-19 les a réinterrogés ?

Pendant la période de confinement, on a vu que l’isolement social était particulièrement aggravé. C’est un enjeu de santé publique que nous avions bien sûr intégré à nos réflexions, mais il a été fortement souligné. La pollution a aussi été mise en lumière. Avec l’arrêt quasi-complet des déplacements et des activités économiques, les effets sur la qualité de l’air ont été très nets. A ce sujet, les résultats de certaines études préliminaires sont très intéressants. Ils tendent à prouver que les personnes les plus exposées à la pollution atmosphérique ont été davantage infectées, d’une part, montrant par-là que la circulation du virus est sans doute favorisée par les particules fines, et que les individus ayant une santé pulmonaire fragilisée par la pollution présentaient des symptômes plus graves, d’autre part. Ceci montre bien les interactions entre les enjeux liés aux risques infectieux et ceux liés à certaines maladies chroniques.

Et nous prouve, s’il en était besoin, qu’il faut impérativement renforcer les choix d’aménagements et d’urbanisme qui vont dans le sens d’une diminution des émissions de polluants dans l’air. D’ailleurs, on a pu constater à la sortie du confinement un report des déplacements individuels habituellement effectués en transport en commun vers la voiture. Cela engendre un cercle vicieux, car le véhicule individuel augmente l’émission de gaz à effet de serre et impacte la santé. Il faut donc encourager, outre les transports en commun, les pratiques de la marche et du vélo, qui ont des impacts positifs sur la qualité de l’air, mais aussi sur la pratique d’activités physiques, ou encore sur l’environnement social des individus. On a vu de tels aménagements prendre corps, à Milan ou encore à Rennes, qui ont toutes deux fait le choix de réattribuer massivement de l’espace aux piétons et cyclistes à l’occasion du déconfinement.

Quels sont, alors, les aménagements urbains idéaux pour combiner moments de travail, de vie commune, de temps intime ?

Il est difficile de donner des « recettes magiques ». Les décisions d’aménagement doivent répondre à un diagnostic territorial portant notamment sur les enjeux de santé. Le nouveau guide ISADORA à destination des acteurs de l’aménagement, publié par l’EHESP et l’agence d’urbanisme de Bordeaux Aquitaine, identifie 15 grands objectifs à atteindre pour réaliser des opérations d’aménagements favorables à la santé. Par exemple : favoriser une perception sensorielle de l’espace urbain génératrice de bien-être, mais aussi mettre en place une gouvernance spécifique pour le traitement des enjeux de santé, créer des îlots de fraîcheur ou encore élaborer des diagnostics de santé. C’est dans ce cadre que doivent être identifiées des bonnes pratiques d’aménagement. Certaines, comme la présence d’espaces verts, ont révélé toute leur nécessité lors de la crise, ce qui doit nous aider à lutter contre le phénomène de leur réduction. Il y a, aussi, la question de l’habitat. La conception des logements s’est trouvée sous le feu des questions : disposent-ils de suffisamment de surface et de pièces pour combiner moment de travail, de vie commune, de temps intime ? Permettent-ils un accès à l’extérieur ? Tous ces sujets, essentiels pour la santé, ont ici été mis sous une loupe et doivent dorénavant être structurellement mis à l’agenda lors de la conception d’espaces urbains.

 Cela rejoint évidemment la problématique de l’isolement social qui est un facteur de risque avéré pour la santé, notamment pour la santé mentale. L’urbanisme doit promouvoir les interactions sociales. Il faut donc organiser les formes urbaines, les ambiances, les équipements, qui donnent envie aux gens de s’y retrouver. Et, bien sûr, adapter les réponses aux contextes, aux types de populations, à leurs âges. Pour faire se rencontrer les jeunes parents, il sera important d’installer des aires de jeux, mais pour les adolescents aussi il y a des espaces à penser, car ce sont souvent les grands oubliés alors qu’ils ont besoin de se retrouver.

La crise a également interrogé la notion de densité urbaine, la ville de demain serait-elle plus étalée, plus vaste ?

C’est un vrai piège ! Il ne faut jamais oublier que lorsque nous étalons les villes, nous perdons nos espaces agricoles et naturels, ce qui nuit aux écosystèmes indispensables à la santé. Nous devons donc absolument maintenir la densité urbaine, car elle préserve l’existence de ces écosystèmes. En revanche, on peut penser autrement cette densité : en jouant sur les hauteurs, sur la végétalisation, sur l’habitat, sur les espaces de rencontres et sur les lieux pour se ressourcer. La ville de demain doit être pensée à l’aune de toutes ces données.

Quand urbanisme rime avec santé

Marseille Métropole a retenu une approche d’urbanisme favorable à la santé dans le cadre de son projet de renouvellement urbain, à Miramas. A noter également, le projet lillois « Quartier à santé positive », ou encore la démarche « urbanisme favorable à la santé » portée par la Ville des Mureaux dans le cadre de son projet « Action Cœur de Ville ». Sur une échelle plus large, le SCoT (Schéma de cohérence territoriale) du Grand Douaisis est désormais doté d’un schéma de santé, et Rennes Métropole a intégré un volet santé à son PLUi (plans locaux d’urbanisme intercommunaux).