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Le transport public sort transformé de la pandémie

 

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Mohamed Mezghani

Publié le

  • Secrétaire Général de l’Union Internationale des Transports Publics, un réseau international de 1 800 sociétés membres réparties dans 100 pays.

  • 30 ans d’expérience dans le secteur du transport public et de la mobilité durable.

  • Secrétaire Général de l’Union Internationale des Transports Publics, un réseau international de 1 800 sociétés membres réparties dans 100 pays.

  • 30 ans d’expérience dans le secteur du transport public et de la mobilité durable.

Que retenez-vous de cette période de confinement que de nombreuses villes dans le monde viennent de traverser ?

Des rues vides, un ciel redevenu bleu et un double constat. Cette crise nous a rendus encore plus conscients de la place accordée à l’automobile dans nos villes et elle nous a aussi montré à quel point les nuisances pour l’environnement baissaient quand l’activité humaine était suspendue. Les gens se sont réapproprié l’espace urbain. Beaucoup disent que l’on a fermé la ville aux voitures, en réalité, on a ouvert la ville aux citoyens.

 

Les changements mis en œuvre pour accompagner le déconfinement vont-ils durer ?

Beaucoup de villes ont pris sur l’espace alloué à la voiture pour créer des pistes cyclables provisoires. Certaines ont autorisé les terrasses de café à empiéter sur les trottoirs et les places. Je pense que ce provisoire va durer même s’il peut y avoir une phase de transition. Certaines habitudes se sont installées. Les gens se tournent vers le vélo, se font davantage livrer à domicile et font leurs courses dans un périmètre plus restreint. Beaucoup de salariés pratiquent encore le télétravail.

Des rues vides, un ciel bleu, et une vraie opportunité de changement

Quelles conséquences pour la mobilité demain ?

On va bouger moins, sur des distances plus courtes. Bien sûr, dans ce nouveau contexte, certaines villes seront plus vivables que d’autres. Les vieilles villes d’Europe, assez mixtes, sont plutôt avantagées. Ailleurs, au Moyen Orient, aux États-Unis, en Asie, où la ville s’est constituée en quartiers spécialisés – affaires, commerces, logement – ce sera plus compliqué.
Autre point, le confinement a mis en évidence la valeur des espaces de nature en ville. On peut donc penser et en tout cas espérer que nous irons demain vers des villes plus vertes. Cette crise peut être une chance pour la mobilité urbaine intelligente et durable. Par exemple, il y a une vraie ‘fenêtre de tir’ pour faire accepter par l’opinion des péages urbains. Enfin, le transport public sort transformé de la pandémie : demain il sera plus propre, plus confortable, plus fréquent, pour éviter les pics d’affluence.

La crise a-t-elle aussi changé la façon de gérer la mobilité ?

L’une des maladies du monde du transport, c’est la bureaucratie et la lenteur dans les prises de décision ! Devant l’urgence, exploitants et autorités de transport ont fait preuve d’une réelle agilité pour autoriser certaines mesures qu’il aurait fallu des mois pour acter en temps normal. La crise a fait entrer le secteur dans une nouvelle ère, celle des solutions. On passe d’un système où on déployait une exploitation sans se poser réellement la question des préoccupations des utilisateurs à un système orienté client, finalement beaucoup plus humain.

Le confinement a mis en évidence la valeur des espaces de nature en ville

Quel avenir pour le transport public à l’aune de cette crise ?

Cette crise a montré le rôle essentiel et vital que joue le transport public car il a continué de fonctionner quand la ville s’est arrêtée. Ce transport public de masse sera plus que jamais l’épine dorsale de la mobilité en ville en plus de la marche et du vélo. Mais pour pourvoir fournir une offre complète, il devra intégrer les solutions de transport partagé et à la demande, vélo et trottinette en libre-service, auto-partage, covoiturage, navette à la demande, etc. C’est la combinaison du transport public conventionnel et de ces solutions flexibles qui permettront aux citoyens de ne plus ressentir le besoin d’avoir une voiture, et qui par conséquent réduira la circulation automobile et ses nuisances.

Europe, États-Unis, influences croisées

Pour favoriser la distanciation physique, de nombreuses villes françaises se sont inspirées d’un concept importé des États-Unis, l’urbanisme tactique, pour aménager rapidement des pistes cyclables temporaires. La Métropole de Lyon annonce 77 nouveaux kilomètres de voies cyclables d’ici septembre, dont 12 étaient achevés dès la sortie du confinement le 11 mai. Bordeaux a mis en place 25 kilomètres d’aménagements provisoires pour les cyclistes. A Paris, une trentaine de kilomètres ont déjà été matérialisés à l’aide de peinture au sol ou de plots de chantier. Aux États-Unis, les villes s’inspirent du modèle européen des quartiers piétons et misent sur les slow streets pour lutter contre la pandémie et offrir des espaces de déconfinement et de loisirs aux citadins qui ne peuvent plus accéder aux parcs ou aux équipements sportifs. Oakland, en Californie du Nord, a fermé 10 % de sa voirie aux voitures, soit plus de 110 kilomètres de routes. Une révolution douce, dans un pays forgé par la culture automobile.

Le 7 juin, la mobilité à San Francisco était à 8% comparé à la même date en 2019, à 20% à Londres et à 49% à Paris (Source Citymapper Mobility Index).
Si 5 % des voyageurs de la ligne 13 du métro prenaient leur voiture, il faudrait 4 files automobiles supplémentaires dans les rues de Paris (Source Mairie de Paris).