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Rencontre

Transition énergétique et gouvernance

Économiste de formation Claire Roumet est, depuis 2014, responsable des partenariats stratégiques et de la coordination d’Energy Cities, association européenne de villes en transition énergétique. Elle a été, pendant 10 ans, Secrétaire Générale d’Housing Europe, fédération européenne des opérateurs de logement social.

La décentralisation est au cœur de la démarche portée par Energy Cities : pour quelles raisons ?

C.R. Les systèmes énergétiques centralisés, c’est-à-dire nos modes de production basés sur de grandes centrales, dont l’énergie est ensuite acheminée sur tout le territoire, nous rendent très vulnérables. Nous le voyons actuellement avec la guerre qui amplifie une vulnérabilité préexistante, car la crise des prix du gaz et du pétrole est là depuis l’été 2021 et ne va pas s’arrêter. Aujourd’hui, ce sont par ailleurs les unités décentralisées de production d’énergies renouvelables qui fournissent le plus efficacement l’énergie la moins coûteuse. Enfin, une décentralisation du système énergétique est portée par l’absolue nécessité de renforcer le pouvoir citoyen sur ce sujet.

C’est un système qui a été conçu de façon technocratique, à une époque où cette méthode d’approvisionnement unique répondait aux enjeux d’industrialisation et d’électrification des zones rurales, notamment. Par conséquent, les débats énergétiques ont très longtemps été réservés aux décideurs, gérés au niveau de l’État. Pourtant, ce sont des choix de société qui nous impactent tous les jours et à ce titre, ils doivent être débattus. Sans oublier que la décentralisation de l’approvisionnement est aussi la meilleure solution face aux enjeux climatiques, car les circuits courts génèrent une grande économie d’énergie en matière d’acheminement.

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« La décentralisation de l’approvisionnement représente la meilleure solution face aux enjeux climatiques. »

Claire Roumet
Responsable des partenariats stratégiques et de la coordination d’Energy Cities, association européenne de villes en transition énergétique

Quels sont les atouts d’une politique énergie-climat décidée entre gouvernement, villes et citoyens que votre association défend ?

C.R. En France, nous avons encore un modèle très paternaliste dans lequel l’État décide – c’est précisément le cas lorsque sont établies les stratégies nationales concernant l’énergie. Or, ce modèle est en décalage avec la société actuelle, qui souhaite réfléchir collectivement aux solutions. Lorsque l’on demande aux citoyens de faire des propositions après leur avoir fourni une mise à niveau des connaissances – je pense à la Convention Citoyenne pour le Climat – il en ressort des agendas extrêmement ambitieux et qui font consensus.

La coélaboration constitue donc un atout majeur. D’une part, vous mobilisez et vous prenez le temps de réfléchir à plusieurs. D’autre part, cela permet de se reconnecter aux ressources locales et de sortir de nos approches « hors-sol » comme les décrit Bruno Latour. In fine, un consensus est élaboré autour de solutions compatibles avec notre trajectoire de transition nécessaire. C’est coûteux, cela demande du temps, mais c’est indispensable.

Avez-vous des exemples inspirants parmi toutes les villes que vous accompagnez ?

C.R. La ville de Vienne a fait un travail très sérieux et a formalisé une feuille de route détaillée : la ville sera zéro carbone en 2050. Ils sont parvenus à élaborer un véritable consensus local qui leur permet d’avancer vite. Ils ont les moyens d’accélérer la mise en mouvement, avec une entreprise municipale de chauffage, une autre dédiée à la production d’énergie.

Ils ont déployé massivement l’énergie solaire, en partenariat avec les citoyens. Ils ont aussi réalisé un important travail sur les mobilités douces et partagées. Les transports publics vont jouer un rôle essentiel pour notre transition climatique : à Vienne (38), l’abonnement annuel au prix d’un euro par jour donne accès à tous les transports publics. Leur utilisation est donc démultipliée.

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