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Rencontre

Rencontre avec Hervé Cohen

Hervé Cohen, cinéaste, documentariste et chef opérateur plusieurs fois primé, a signé une quinzaine de documentaires, un peu partout dans le monde.

Comment votre projet multimedia Life Underground est-il né ?
H.C. : J’ai toujours été fasciné par le métro. J’ai grandi à Paris et il fait partie de mon ADN. En voyage, je descends tout de suite dans le métro, pour sentir le pouls de la ville, observer comment les voyageurs s’habillent, se comportent, s’ils communiquent ou non entre eux.

Les gens me fascinent : quelle est l’histoire de cette femme avec un bouquet de fleurs ? Ce passager qui semble nerveux se rend-t-il à un entretien d’embauche ? J’ai bien souvent envie d’aller leur parler. Ce projet est né du désir et de cette curiosité pour l’autre.

Quel rôle la mobilité et les transports jouent-ils dans les villes, selon vous ?
H.C. : Le métro est un lieu à part, un moment méditatif. On y est dans l’anonymat mais aussi dans l’intimité. Regardez le métro parisien, avec ses banquettes face à face, on a les genoux qui se touchent ! C’est aussi l’un des derniers lieux de brassage. Dans le métro de New York, vous croiserez aussi bien un PDG qu’un employé de maison.

C’était le lieu idéal pour montrer que, malgré nos différences apparentes, nous partageons énormément de choses. Je n’ai pas fait de casting, j’ai approché des voyageurs dont le visage, l’attitude m’avaient donné envie de leur parler. Si on écoute vraiment, les gens sont disposés à se confier.

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"Malgré nos différences apparentes, nous sommes tous connectés."

Hervé Cohen
Cinéaste, documentariste et chef opérateur

Le film invite à déambuler sous la ville mais aussi dans l’intimité des voyageurs. Ce parti pris artistique est-il la meilleure façon de toucher du doigt notre humanité commune ?
H.C. : La forme interactive s’est imposée parce qu’elle permet de recréer l’expérience des voyageurs. Vous cliquez sur la carte du monde pour choisir votre trajet, vous vous arrêtez sur un visage pour entendre son histoire et vous pouvez même embarquer dans la cabine du conducteur alors qu’en réalité c’est impossible, c’est une possibilité que les internautes apprécient beaucoup !

Le son joue aussi un rôle très important dans cette expérience immersive. Les plages musicales sont composées à partir des sons enregistrés – portes qui claquent, signaux sonores, rythme des trains – que j’ai confiés à un musicien en lui demandant de n’utiliser aucun instrument. C’est aussi l’une des intentions de Life Underground : montrer la beauté, la lumière, l’architecture, les reflets dans une vitre, transformer ce moment d’ennui en un moment de beauté et d’humanité.

Visible en ligne, Life Underground vit aussi à travers des installations, à Los Angeles, Dubai, Singapour, et aujourd’hui Marseille. Comment est-il reçu par le public ?
H.C. : Il touche les gens de façon intime, comme cette femme à Union Station, à Los Angeles, qui se promettait de parler aux gens la prochaine fois

qu’elle prendrait le métro ou cette autre qui venait de prendre conscience en entendant le témoignage d’un jeune Parisien, de l’impact de son divorce sur son fils. Nous sommes tous connectés : la façon dont résonne le film, partout dans le monde, le montre.

Rencontres et immersion : embarquez pour un voyage singulier à travers le monde avec Life Underground, le webdocumentaire réalisé par Hervé Cohen

Qu’est-ce qui fait du métro un espace d’inclusion dans la ville ?
H.C. : C’est un endroit emblématique, un carrefour de populations très diverses, de gens qui viennent d’ailleurs, que ce soit de régions ou de l’étranger.

Le métro offre aussi un contraste entre l’anonymat de la ville et l’intimité des pensées. Malgré les différences apparentes, on partage beaucoup de choses avec les autres voyageurs.

Quel est l’avenir du projet Life Underground ? Souhaitez-vous continuer à l’enrichir ?
H.C. : J’aimerais filmer sur d’autres continents, pour coller davantage à la réalité et à la diversité du monde. Pour l’instant, c’est difficile, mais le projet est conçu pour être enrichi au fil du temps. Marseille a été la première ville que nous avons filmée pendant la crise sanitaire et les histoires recueillies portent le témoignage des effets collatéraux de la pandémie. Être témoin de ces moments, en garder une trace que l’on retrouvera dans 10 ans, c’est aussi l’une de mes ambitions.
L’autre dimension du projet, c’est celle des installations, qui permettent de proposer une expérience immersive dans différents lieux.

Nous avons montré Life Underground à Union Station, à Los Angeles, les gens n’avaient pas acheté de billet pour voir ces images, ils étaient confrontés par hasard à cette proposition.
Dans un musée, c’est différent, on touche un public qui vient pour ça et on peut travailler davantage la dimension scénographique, pour amplifier l’expérience. Les deux m’intéressent.
Enfin, je travaille aussi sur un nouveau prolongement, 20 courts métrages d’animation à partir des histoires racontées dans Life Underground, qui ouvriront encore de nouvelles fenêtres, celles du rêve ou de la mémoire avec pour premier thème l’amour.

Vous êtes notamment intervenu à l’occasion de l’exposition universelle de Dubai. Comment s’est passée cette expérience ?
H.C. : Pendant la semaine consacrée à la mobilité, j’ai présenté Life Underground au Pavillon français, puis l’ambassade France a organisé une tournée qui m’a permis de montrer le projet à des publics étudiants, y compris dans des régions assez reculées, au nord des Émirats.

C’était l’occasion de porter un message d’universalisme et d’humanisme, une sorte de challenge. Est-ce que le film allait parler à tout le monde, dans cet environnement culturel si différent ? J’ai été très touché notamment par une présentation dans un campus de femmes : elles ont tout de suite été sensibles et enthousiastes. L’idée, portée par Life Underground, que nous pouvons être tous semblables au-delà de nos différences est donc juste.

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