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Interview croisée

Rencontre avec Hélène Binet et Patrick Bernard

Hélène Binet est directrice de la communication de Makesense, association créée en 2010 qui déploie des outils et programmes de mobilisation collective destinés à toutes et tous, pour que chacun puisse agir au service d’une société durable et inclusive.
Ancien journaliste, Patrick Bernard est le fondateur de l’association de quartier Hyper Voisins, qu’il a créée en 2017 en testant son idée dans un périmètre du 14e arrondissement parisien.

Quel rôle votre structure joue-t-elle en faveur de l’inclusion et du vivre-ensemble ?
H.B. : Chez Makesense, notre objectif est que chacun puisse contribuer à une société plus inclusive et plus durable. Notre faisons en sorte que des publics a priori éloignés se rencontrent, puis on leur donne les bons outils pour agir ensemble sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Un exemple très concret : au début du confinement, notre réseau nous alerte sur différentes situations critiques – personnes sans domicile fixe, seniors en grande solitude, etc. En quarante-huit heures, on a monté réaction, des programmes sur quinze jours qui guidaient les très nombreux volontaires sur des actions réalisables près de chez eux.

P.B. : L’idée de départ des Hyper Voisins était de dynamiser le potentiel de convivialité présent sur un territoire donné. On a structuré les choses en proposant à ceux qui le souhaitent de faire leur part sur des sujets du vivre-ensemble. Cela s’organise via WhatsApp : il y a le groupe des RepairVoisins, du baby-sitting, des promeneurs de chiens… et bien d’autres. En végétalisant les rues, en organisant des bornes d’apport volontaire de biodéchets, les participants ont créé des liens forts. J’entends d’ailleurs souvent sous forme de boutade « Maintenant je mets une heure pour faire une course, car je papote avec tous ceux que je croise ».

Comment inciter les citoyens à agir ?
P.B. : La première clé est de donner envie ! Embarquer les gens dans une façon de faire qui soit très positive. Il faut aussi être très méthodique, y aller progressivement, leur faciliter leur implication. Il faut aussi de l’agilité pour que les choses bougent vite et que ce soit satisfaisant. Les villes jouent également un rôle dans la création de ces liens en accompagnant ces initiatives. La solidarité est une conséquence de l’interaction entre les personnes, elle n’existe pas en tant que telle. En ouvrant les possibilités d’actions, en écoutant les envies des gens, on augmente leur capacité à vivre bien ensemble et, derrière, à être plus résilients.

H.B. : Neuf Français sur 10 pensent qu’il est important d’agir. Mais il s’agit de faire tomber les freins que sont le manque de temps, le sentiment d’illégitimité, la crainte de faire seul. Pour mettre chacun en mouvement, nous agissons sur trois niveaux : la tête, en fournissant une pédagogie ; le cœur, en montrant la part émotionnelle de l’action collective ; et le corps, en créant des programmes de mobilisation. En y allant pas à pas, en s’appuyant sur les envies, on constate que les gens osent.

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"La convivialité a de la valeur, c’est un actif économique. Pour faire la ville de demain, il est plus intelligent de relier les gens que les objets."

Patrick Bernard
Fondateur de l’association de quartier Hyper Voisins

Comment créer, en ville, une proximité qui ne soit pas uniquement spatiale ?
P.B. : Il me semble indispensable d’insérer de l’ingénierie sociale en ville. C’est ce que nous proposons avec la création d’un poste, « l’ami du quartier », qui serait dédié à relier les habitants entre eux et à faciliter la mise en place de leurs projets d’intérêt général.

H.B. : Il y a tant d’initiatives qui existent pour favoriser la rencontre ! L’association Kabubu, qui propose de mettre en lien locaux et personnes réfugiées autour du sport. Ou l’application Paris en compagnie, qui met en relation personnes âgées isolées et habitant.e.s pour se promener ensemble. Et n’oublions pas que les écoles, les centres de loisirs, l’espace public sont aussi faits pour ça : créer des liens !

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