Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

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Rencontre

Rencontre avec Cécile Maisonneuve

La ville inclusive remet au centre sa vocation première : être un lieu de rencontres et d’opportunités, pour tous. La mobilité y joue un rôle de premier plan.
Explication par Cécile Maisonneuve Présidente de La Fabrique de la Cité et membre du comité scientifique de l’institut AMS (Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions).

Qu’est-ce qu’une ville inclusive ?
Quand on parlait de « villes durables », cela a fini par gommer un défi central : faire en sorte que nos villes soient des lieux qui ne conduisent pas à une aggravation des inégalités sociales. Avec le terme « inclusif », on souligne que la ville durable doit se faire « pour tous », c’est comme un rappel à l’ordre salutaire des trois piliers du « durable » : environnement, social, économique. Parce que la ville durable destinée à quelques-uns, où tout est excessivement cher, on sait tous la faire.

Mais c’est l’inverse d’une ville ! Qui est, par définition, un lieu de brassage où l’on vient chercher des opportunités. C’est ce point d’équilibre qui est très difficile à trouver pour que nos villes ne se transforment pas en des forteresses dédiées aux insiders, ceux qui ont par avance accès à tout, du fait de leur patrimoine fi nancier, culturel, social, familial, et qui, en plus, bénéficient de ce démultiplicateur d’opportunités que représente la ville.

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« Les transports sont pour moi l’essence de la ville : mouvement, brassage, vivre-ensemble. »

Cécile Maisonneuve,
Présidente de La Fabrique de la Cité et membre du comité scientifique de l’institut AMS (Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions).

Quel rôle joue la mobilité dans ce défi ?
La mobilité est ce qui rend possibles les opportunités parce qu’elle développe l’accessibilité. C’est-à-dire l’accès à l’emploi, à la formation, aux services sociaux – hôpitaux, écoles, universités –, à la culture. C’est une notion absolument clé et c’est le véritable objectif de la mobilité, aujourd’hui. Elle vient suppléer ce qu’on ne sait plus faire à travers l’utilisation du foncier, à savoir développer une offre de logements abordables au centre des métropoles pour les personnes qui travaillent dans le care, notamment.

D’une part, ce n’est pas faisable partout et, d’autre part, cela nécessite du temps. Et puis, nous ne pourrons pas mettre tous les emplois à quinze minutes à pied des citadins, on ne pourra pas gommer tous les trajets domicile-travail ! Dans les métropoles, l’objectif est que chacun soit à moins de cinquante-soixante minutes des opportunités. La mobilité va donc jouer un rôle crucial pour garder des villes qui soient socialement tenables.

Si l’accessibilité est centrale, alors les transports en commun sont particulièrement concernés. La crise les a considérablement éprouvés : quelles pistes ?
Selon moi, les transports en commun font partie des domaines que la crise va profondément transformer. Avec le premier confinement, ils ont connu un arrêt net. Aujourd’hui, il y a la crainte que les usagers continuent de s’en détourner même lorsqu’il n’y aura plus de risques. Il faut donc les réinventer, voire les réenchanter. D’autant qu’on ne peut pas les laisser de côté : ils constituent une réponse majeure à l’enjeu de décarbonation de nos mobilités.
Se réinventer signifie accélérer ce qui a commencé : améliorer l’expérience des transports en commun et leur insertion dans le reste de la mobilité. Côté expérience, le voyage doit être plus agréable.

Plusieurs réponses existent au sujet des heures de pointe, par exemple. À Singapour, les tarifications sont plus favorables aux personnes qui les évitent. Il y a également les solutions liées au travail à domicile, ou bien dans des tiers lieux, qui sont une manière de reconfigurer les flux. Enfin, il faut vraiment travailler sur l’intermodalité. Il y a un vaste sujet sur le passage vélo-transports en commun, pour lequel nous pourrions utilement nous inspirer de ce que font nos voisins européens. Second sujet : le lien entre la voiture et les modes lourds, qui est un enjeu majeur pour le périurbain. Comment faire descendre les gens de leur voiture et les convaincre de prendre un RER ou un bus sur une voie réservée ? Cela se construit, pour avoir des parcours fluides, bien vécus. Entre crise sanitaire, relance de l’économie et décarbonation de la mobilité, la période est propice à l’accélération de ces transformations nécessaires.

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