Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

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Rêver la ville 1/2

Quand la ville se fait terrain de jeu

Design actif, aménagements ludiques : ces approches urbaines deviennent peu à peu incontournables et réintroduisent du mouvement, du lien, du partage, pour des villes à vivre.

Dans l’Amérique des années 1980, face à la sédentarité et ses effets délétères sur la santé, émerge le concept de design actif. Outil d’urbanisme tactique, il favorise intuitivement l’activité physique des habitants en intégrant l’incitation au mouvement dans la conception des lieux. Marquage au sol, parcours d’agilité, mobilier interactif, œuvre d’art ludique, via ferrata urbaine apparaissent dans les villes. En France, le réaménagement de la place de la République à Paris en 2013 a suivi cette logique : miroir d’eau, systèmes d’emmarchement et dalles en béton aux nuances de gris y constituent un espace disponible et appropriable par les piétons, les enfants et les amateurs de skateboard. Il s’agit, aussi, de concentrer les lieux d’attraction et de mixer leurs usages, d’en faciliter les accès, voire de rendre ces derniers attractifs pour que les quelques pas à fournir soient motivants.

À Grenoble, l’éco-quartier de Bonne, dans le sud de la ville, regroupe ainsi commerces, piscine, écoles, logements, hôtel et espace culturel autour d’espaces verts. Des liaisons douces connectent les différentes parties et, pour encourager la pratique du vélo, des stationnements dédiés jalonnent chaque entrée du quartier. Les bâtiments pensés avec le design actif jouent sur les accès, les volumes et les lumières, comme la Maritime Youth House à Copenhague, recouverte d’une terrasse en bois qui intègre une aire de jeux extérieure de 1600 m2. En France, le design actif devrait essaimer avec le label Terre de Jeux 2024, initié en juin 2019 et déployé dans le cadre des Jeux olympiques pour encourager les collectivités à faciliter l’activité physique de leurs habitants.

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Redonner de l’espace aux jeux, faire de la place aux enfants
Jeux aquatiques, sculptures engageantes, topographies artificielles s’intègrent peu à peu à nos paysages urbains. Offrant un potentiel de liberté et de créativité, ces aménagements suscitent des pratiques ludiques, des interactions. Un exemple ? Les miroirs d’eau, à Nice et Bordeaux, dont petits et grands s’emparent à loisir. Le développement de ces aménagements, circonscrits, ne doit pourtant pas masquer l’un des enjeux de la ville inclusive : redonner de la place aux enfants, évincés petit à petit de l’espace urbain et dont les espaces accessibles se sont limités à des endroits circonscrits, standardisés – aires de jeux, parcs, squares. Comme il est loin le temps où l’on voyait des images d’enfants circulant librement et improvisant des jeux sur les trottoirs !

Pour lutter contre cette discrimination urbaine, les villes de Lille, Rouen, Strasbourg, et bien d’autres encore, créent des zones ouvertes totalement piétonnes, installent des aires de jeux libres à la sortie des écoles ou élargissent les trottoirs pour faire cohabiter jeux d’enfants, flâneurs et passants pressés. Comme l’expliquent les fondatrices de l’association Récréations Urbaines, Céline Lecas et Clémentine Delval, « les enfants ont cette capacité à détourner en support de jeux tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin. Considérer leur regard pour requalifier, sensorialiser, enrichir nos espaces publics permettrait d’inventer des lieux accessibles à tous, qui favoriseraient les interactions ». Voir la ville avec des yeux d’enfants pour la rendre plus inclusive, en somme.

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