Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

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Territoires – localement vôtre

Avoir un impact positif sur les territoires relève davantage d’une multitude d’initiatives locales prises par différents acteurs engagés sur le terrain que de réponses standard centralisées.

MIXITÉ

Sous la poussée des nouveaux usages, la ville s’est remise à fabriquer la mixité que le zoning et la spécialisation fonctionnelle des années 1980 avaient fait disparaître. Elle retrouve ainsi, à l’échelle d’un lieu ou d’un quartier, sa vocation originelle : faire se rencontrer les individus, les cultures, les fonctions urbaines. Et cela passe par ces nouveaux lieux qui, partout en France, naissent chaque jour autour de cette idée simple : faire ensemble.
Le rapport commandé par le gouvernement à Patrick Levy-Waitz recensait 1 800 tiers-lieux en France en 2018, il y en avait 2 500 en 2021 et ils seront sans doute plus de 3 000 en 2022.
Forcément ancrés localement, et même champions de l’hyperproximité, ces MJC* du XXIe siècle revitalisent avec efficacité le territoire qui les a vus naître, créant des passerelles immédiates et fertiles entre des acteurs d’une grande diversité – associations, entreprises, élus, habitants, étudiants ou retraités.

Nés dans les métropoles, les tiers-lieux se déploient aujourd’hui en périphérie, dans les petites villes ou en milieu rural. Et ils sont en passe de devenir une filière à part entière, créatrice d’emplois, qui favorise le développement de l’activité économique à travers le coworking, l’incubation et l’accompagnement de projets.
À ce titre, ils suscitent un vif intérêt chez les élus, comme en témoigne le succès de l’espace tiers-lieux lors du dernier Congrès des Maires. Inspirés à l’origine par des initiatives citoyennes, ces nouveaux objets hybrides, qui voient souvent coexister activités de service payantes et initiatives d’intérêt général, seront-ils le ferment d’une société plus apaisée ?

*Maisons des jeunes et de la culture

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Un centre bus bien dans sa ville

À Paris, le centre bus Belliard occupe une emprise de 4 hectares au cœur du très dense 18e arrondissement. Avec une aire de stationnement à ciel ouvert de 1,8 hectare où se garent chaque soir 230 véhicules, complétée par un atelier de maintenance, c’est le plus grand parking de bus à ciel ouvert de la capitale. Ce site enclavé s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire. Un programme développé par le groupe RATP en accord avec Île-de-France Mobilités et la ville de Paris va en effet l’ouvrir sur le quartier. En superposition de cet équipement, qui sera converti à l’électrique, s’implantera un projet urbain mixte, développé par le groupement de promoteurs formé par Linkcity et Brownfields, dont la livraison est prévue pour 2026. Le projet comprend des logements familiaux, une résidence en coliving, une résidence sociale, des espaces de travail, des commerces, un local associatif et même une salle d’escalade ! Un parc photovoltaïque de près de 2 000 m² assurera une production d’énergies renouvelables locale et près de 500 m² de locaux vélos sont prévus.

 

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« Le Quai s’est imposé comme un lieu repère »

Laurence Besançon
Fondatrice du tiers-lieu Le Quai des possibles à Saint-Germain-en-Laye

Comment est né le Quai des possibles ?
L.B. : Implanté dans une ancienne gare au cœur d’un nouvel écoquartier, il s’est d’emblée coconstruit avec les futurs utilisateurs. Nous avons eu la chance, en amont de l’ouverture, de disposer du lieu six jours sur sept pendant toute l’année 2017. Nous avons mis ce temps à profit pour écouter les besoins et pour tester différents formats d’animation, comme ce déjeuner de remerciement de 80 convives organisé par une famille syrienne accueillie à Saint-Germain-en-Laye. Le nom du lieu a d’ailleurs été choisi par les participants à ces initiatives. Et quand nous avons ouvert, nous avions déjà, plusieurs mois à l’avance, des coworkers qui s’étaient portés candidats pour occuper la Ruche, un espace collaboratif pour entrepreneurs engagés*.

* Réseau national qui accompagne localement les personnes qui souhaitent entreprendre ou développer leur activité de manière pérenne et responsable.

Que proposez-vous ?
L.B. : Les gens nous disent : « Je veux m’engager mais je ne sais pas comment. » Au rez-de-chaussée du Quai, ils sont accueillis et informés de façon bienveillante. D’autres souhaitent lancer un projet et nous les accompagnons au sein de la Ruche ou via des programmes d’incubation.

Le lieu physique est-il la clé du succès ?
L.B. : En trois ans, le Quai s’est imposé comme un lieu repère. La rencontre est essentielle. La mixité aussi. Nous accompagnons aussi bien des gens qui ont un solide bagage – nos 45 coworkers sont de jeunes diplômés en quête de sens ou d’anciens cadres expérimentés que des profils sous-représentés dans l’entrepreneuriat – femmes, personnes éloignées de l’emploi, réfugiés, personnes issues de la ruralité. Quand on déjeune ici, on ne sait pas qui, autour de la table, est un coworker payant ou un « incubé » soutenu gratuitement.

EMPLOI

Comment faire face aux mutations du travail et de l’emploi, relier de nouveaux pôles d’activité et favoriser l’inclusion de tous dans ce paysage en mouvement ? C’est l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés villes et territoires.
Longtemps mal aimés, les abords des gares acquièrent aujourd’hui leurs quartiers de noblesse. On y voyait des « non lieux », selon l’expression du sociologue Marc Augé. Pourtant, quelque 19 quartiers de gare du futur Grand Paris Express figuraient dans le concours « Inventons la Métropole du Grand Paris » lancé en 2017 par la société du Grand Paris. Rénovées, aménagées, les gares s’affirment comme de nouveaux pôles de la centralité urbaine, des hubs intermodaux attractifs qui peuvent catalyser le renouveau d’un quartier et relier la ville à un maillage puissant constitué d’une multitude de modes de transports durables.

À Lyon, Toulouse ou Marseille, elles ont fait l’objet ces dernières années de projets urbains ambitieux. Dans les communes de taille intermédiaire, le même mouvement est à l’œuvre, comme en témoigne l’extension annoncée du programme Action cœur de ville aux zones de gare. Ces nouveaux pôles ne sont plus seulement des lieux de passage mais des destinations à part entière, offrant commerces et services, comme la gare Saint-Lazare à Paris. Certaines ferment leurs portes au trafic de trains mais se transforment en lieux de travail, telle la gare de Saint-Omer devenue La Station, espace de coworking. Comme les aéroports, les stades ou les bibliothèques, les gares se penchent sur l’expérience des milliers d’usagers qui les traversent chaque jour pour écrire une nouvelle page de leur histoire.

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« Les grands groupes peuvent être des catalyseurs de projets locaux »

Romain Demissy
Intervenant-chercheur, maître de conférences associé à l’Université de Lille, docteur en sciences économiques Atemis et Clersé (UMR 8019)

Quel rapport les grands groupes entretiennent-ils avec le territoire dans lequel ils sont implantés ?
R.D. : Si certains ne veulent surtout pas avoir de rapports avec lui, beaucoup y sont de fait confrontés, ne serait-ce que parce qu’ils ont besoin de main-d’œuvre. D’autres le découvrent à l’occasion d’une déprise, qu’ils doivent gérer avec les acteurs locaux. Les approches sont très diverses, sans modèle normé, chacun construit et invente. Ce qui est intéressant c’est l’horizontalité à laquelle ces acteurs ne sont pas habitués. Si l’on prend l’exemple de la formation et des métiers, ils sont obligés de codéfinir les besoins avec les autres acteurs locaux. Car c’est tout le tissu économique, y compris celui des PME-PMI, qui sera concerné si des apprentis ou de futurs salariés sont formés.

Vous parlez de patrimoine territorial immatériel. Que recouvre cette notion ?
R.D. : Il y a une histoire, une culture, une géographie propres à chaque territoire. C’est parfois ce qui fait l’une des raisons d’implantation d’une activité, comme lorsque PSA ou Hermès s’implantent dans les Ardennes, une région sans tradition dans l’automobile ou dans le luxe mais où le rapport à un travail de haute qualité est construit de longue date. Révéler et mobiliser ce patrimoine nourrissent une autre forme de développement économique. En intervenant comme catalyseurs et en apportant de la légitimité aux projets locaux, les grandes entreprises peuvent aider les territoires à s’appuyer sur ces ressources pour se projeter dans l’avenir.

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