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Rêver la ville

Les expositions universelles, ou l'art de transformer le monde

Depuis la première édition, en 1851, les expositions universelles ont toujours été un accélérateur d’innovations, un catalyseur de création artistique, un révélateur de mutations en cours ou à venir. La nouvelle édition qui s’ouvre à Dubai exprime avant tout la recherche d’un nouveau modèle plus durable de société.

TRANSFORMER

Dubai, pépinière artistique et idéologique

Les expositions universelles ont toujours raconté l’esprit d’une époque, constitué un marqueur de l’évolution de nos sociétés et, dans certains cas, catalysé cet esprit dans des œuvres ou des monuments devenus emblématiques. Parmi tant d’exemples, l’édition bruxelloise de 1958, inspirée des progrès scientifiques, a laissé l’Atomium de Bruxelles. L’Unisphere de New York est née de l’aspiration à la paix, en pleine guerre froide, qui prévalait en 1964.
Quant à l’exposition universelle de Dubai, qui a lieu jusqu’au 31 mars 2022, elle exprime d’abord – ne serait-ce que par sa localisation – les changements géopolitiques en cours, la montée en puissance de régions soucieuses de s’affirmer, au-delà de l’économie, sur la scène diplomatique, scientifique, sportive et culturelle.
Les Émirats arabes unis mettent ainsi en avant, à l’occasion de cette manifestation géante réunissant 191 pays sur 438 hectares, une génération féconde de jeunes talents du Moyen-Orient. L’exposition présentera notamment les œuvres de 11 artistes contemporains, dont une moitié originaires des pays du Golfe, comme la plasticienne koweïtienne Hamra Abbas, la créatrice émiratie Afra Al Dhaheri ou encore sa compatriote Asma Belhamar.

La durabilité passera par les œuvres

Les installations artistiques reflètent la préoccupation majeure qui traverse l’événement et travaille nos sociétés en cette ère de crise environnementale accélérée : l’urgence d’une transition écologique, la menace d’un chaos climatique. La sculpture monumentale réalisée par l’artiste Monira Al Qadiri, par exemple, transforme un forage pétrolier en étrange créature sous-marine iridescente, synthèse entre les pêcheurs de perles ancestraux et les chercheurs d’or noir qui ont façonné l’économie du Golfe.
« J’imagine cette chimère comme la représentante d’un futur plus soutenable et une commémoration de notre monde d’avant», précise la plasticienne. Autre manifeste environnemental : l’œuvre One Day on Two Orbits , conçue par Nadia Kaabi-Linke comme un fossile de notre modernité et les prémices du post-consumérisme.

« Je ne vois rien de plus essentiel qu’une culture de la renonciation et une attention à l’autre, indépendamment des origines, de la richesse ou du statut social », explique-t-elle. Une ambition qui se retrouve dans la plupart des pavillons nationaux, dont celui de la France qui propose, au sein d’une élégante architecture bioclimatique, la construction d’un nouveau modèle économique, social et culturel. L’exposition devrait déjà laisser une empreinte, en léguant à Dubai un nouveau quartier éco-culturel, doté d’infrastructures de haut niveau, pour favoriser l’émergence de la scène artistique émiratie.

Une œuvre pour symboliser le mouvement

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« La seule invariabilité est le changement permanent »

Nadia Kaabi-Linke,
Artiste plasticienne participant au programme artistique de l’Expo 2020 Dubai

Comment avez-vous conçu votre œuvre et quels messages souhaitiez-vous véhiculer auprès des visiteurs de l’exposition ?

N.K-L. Constituée de béton et d’acier, One Day on Two Orbits est une œuvre d’art permanente que l’on pourrait qualifier de « fossile de la modernité industrielle ». Elle a été conçue pour durer bien au-delà de l’exposition, dans un programme où toutes les commandes sont des œuvres d’art permanentes. Après une année d’événements extrêmes et exceptionnels, il me semblait important de mener une réflexion sur la fragilité de l’humanité à l’occasion de cette Exposition universelle. J’avais à cœur de réaliser une œuvre nous rappelant que nous sommes tous ancrés sur cette planète par-delà nos cultures et nos origines.

Si notre mobilité est physiquement restreinte, cette planète nous fait pourtant voyager en permanence à travers le système solaire. Tout est sans cesse en mouvement. La seule invariabilité est le changement permanent. J’ai utilisé deux mouvements célestes — la rotation de la Terre et l’orbite lunaire — pour dessiner une image sur vingt-quatre heures de l’ombre d’une bicyclette. Une bicyclette me semblait constituer un beau symbole de l’autonomie. Mue par la force des muscles, elle ne dépend pas de ressources extérieures.

En quoi cette œuvre évoque-t-elle la notion de développement durable ?

N.K-L. Si le développement durable est mis à mal quand des entrepreneurs jouent les touristes de l’espace, je reste néanmoins optimiste. En effet, un mouvement plus discret, fort et durable commence à mieux se faire connaître. Je ne vois rien de plus essentiel qu’une culture de la renonciation et une attention à l’autre, indépendamment des origines, de la richesse ou du statut social.

Des phénomènes tels qu’un virus ou le changement climatique nous rappellent que dans un micro- ou macro-cosmos, nous – y compris toutes les autres espèces – sommes connectés à travers la planète, notre seule maison commune. C’est cela que j’ai voulu exprimer à travers ma proposition artistique.

Pensez-vous que la crise sanitaire accélère la sensibilisation à ces questions ?

N.K-L. Oui, il est apparu clairement pendant la pandémie que seule une action simultanée viendrait à bout de la crise sanitaire, avec une égalité partout dans les soins.

Le virus touche indifféremment les pays riches ou en développement. Ce qui le rend si fort, c’est qu’il n’établit aucune distinction. Pour le combattre, il nous faut en tirer les leçons et aussi en finir avec la discrimination.

DIAPASON

Paris et Dubai au diapason

La fondation d’art contemporain Art Explora représente les arts et la culture au sein du Pavillon France à l’Exposition universelle de Dubai. Son délégué général, Bruno Julliard, revient sur le programme artistique qui a lieu simultanément dans l’émirat arabe et sur la ligne 7 du métro parisien à la station Palais Royal – Musée du Louvre. Une immersion culturelle inédite pour faire vivre l’Exposition universelle de Dubai sur le réseau parisien.

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"Ce partenariat prouve que l’on peut faire le choix de l’excellence artistique et de la créativité tout en le partageant avec le grand public, là où il se trouve."

Bruno Julliard,
Délégué général de Art Explora

En quoi la présence d’Art Explora à Dubai s’inscrit-elle dans les perspectives et les objectifs de la fondation ?

B.J. Depuis octobre 2019, date de création de la fondation, notre ambition est de créer des actions de démocratisation culturelle à l’échelle internationale.

Dubai sera l’opportunité de présenter notre futur bateau-musée, un projet qui vise à amener l’art et la culture dans tous les ports du monde. Ce sera aussi l’occasion de trouver des partenaires internationaux pour cet ambitieux projet.

Dans le cadre de l’exposition universelle, comment est né le partenariat avec le groupe RATP ?

B.J. Le groupe RATP est partenaire comme nous du Pavillon France. De plus, il est depuis longtemps très investi dans l’intégration de l’art dans l’espace public, y compris dans les stations de métro. La RATP et la fondation Art Explora possèdent ainsi un ADN
commun : celui de faire découvrir la culture au plus grand nombre. C’est précisément cette volonté de rendre l’art accessible à tous qui a fait de la RATP un partenaire évident et légitime pour notre projet Dubai/Paris. Outre notre bateau-musée, la fondation va installer une programmation artistique à l’intérieur et à l’extérieur du Pavillon France.

Nous avons sollicité plusieurs artistes français, et différentes propositions artistiques ont été faites. L’une d’entre elles présentera des œuvres de designers et graphistes de l’Hexagone sur des panneaux d’affichage à l’entrée du Pavillon France. La RATP a souhaité exposer ces œuvres dans une station du réseau qu’elle opère en Île-de-France, Palais Royal – Musée du Louvre, pendant sept jours en novembre prochain pour en faire bénéficier ses voyageurs.

Avez-vous un coup de cœur particulier pour l’une des œuvres présentées ?

B.J. Oui, celle dite « olfactive ». Une œuvre graphique couplée à une senteur créée spécialement pour l’occasion. Elle a été réalisée main dans la main par un artiste et par la parfumeuse du premier producteur de parfum au monde, l’International Flavors & Fragrances (IFF).

Il s’agit d’une immersion sensorielle qui sera imprimée sous forme de flyers puis distribuée aléatoirement dans la station de métro et à l’exposition universelle, en plusieurs milliers d’exemplaires. Voir naître cette collaboration entre deux univers est passionnant ! Leur envie de travailler ensemble a été très forte et productive.

Comment le programme artistique va-t-il être diffusé ?

B.J. Toutes les œuvres seront imprimées en double exemplaire afin d’être exposées à Dubai et simultanément dans le métro parisien. Nous avons prévu différents outils de médiation dans la station (supports écrits et QR codes) pour expliquer le partenariat entre la RATP, la fondation Art Explora et le Pavillon France.

Cela permettra également de communiquer sur les intentions des artistes et chaque personne qui souhaitera en savoir davantage sur les réalisations pourra facilement poursuivre et comprendre sa découverte.

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Station Palais Royal – Musée du Louvre : tous les voyageurs découvrent Dubai

C’est donc tout naturellement que les deux acteurs se sont associés au sein d’une initiative inédite, avec pour ambition d’élargir l’accès à l’exposition universelle. Pendant une semaine, en novembre prochain, la RATP proposera aux passagers du métro parisien un large aperçu du Pavillon France. La station Palais Royal–Musée du Louvre diffusera notamment, sur les espaces d’ordinaire réservés à la publicité, la plupart des œuvres présentées aux Émirats arabes unis, avec un QR code et des supports écrits pour permettre de mieux appréhender le travail des artistes. Dans cette collaboration, Art Explora apporte son expertise dans le domaine des technologies numériques, employées à la fois comme matériau de la création contemporaine et comme vecteur d’immersion et de diffusion culturelle.

À Dubai comme à la station Palais Royal–Musée du Louvre, les deux partenaires feront entre autres découvrir une installation monumentale et interactive du plasticien Neïl Beloufa. La RATP accordera par ailleurs une place toute particulière aux réalisations de six artistes français, qui ont reçu carte blanche sur le thème de la ville durable et de ses écosystèmes. Partageant une même philosophie, les équipes d’Art Explora et celles de la RATP se mobilisent ensemble pour faire voyager les œuvres auprès du plus grand nombre, et transporter le public au cœur de la création contemporaine.

Jumelage artistique

Toutes deux partenaires du Pavillon France à l’Expo 2020 Dubai, du 1er octobre 2021 au 31 mars 2022, la fondation Art Explora et le groupe RATP se sont découvert une vision et une finalité communes. Créée en 2019 par l’entrepreneur et mécène français Frédéric Jousset, Art Explora se consacre à la démocratisation de la culture, au travers de dispositifs innovants comme le Hangar Y, le Musée Mobile ou son prix européen, ainsi qu’au soutien des centres d’art qui partent à la conquête de nouveaux publics.

Sur le Pavillon France, Art Explora met en œuvre la programmation artistique de l’exposition permanente, où elle présente notamment l’un de ses projets emblématiques : un musée numérique et nomade, logé dans le plus grand catamaran du monde et voyageant de port en port. De son côté, la RATP propose à ses millions de voyageurs quotidiens une importante collection d’œuvres permanentes et de galeries éphémères, dans une centaine de stations du métro parisien.

CULTURE

Avec le métro parisien, destination culture

Depuis plus d’un siècle, le métro parisien offre à ses usagers un voyage artistique au fil d’ouvrages d’art et de stations transformées en autant de lieux d’expositions, théâtres d’innovations et laboratoires de design. Démonstration en trois arrêts.

À nouvelle station, nouvelle création

Je ne suis jamais allé nulle part : c’est le titre aux tonalités poétiques de l’arche monumentale créée par l’artiste allemand Tobias Rehberger, Lion d’or à la Biennale de Venise en 2009, pour signifier l’un des accès de Pont Cardinet, l’une des quatre nouvelles stations du prolongement de la ligne 14 du métro parisien. Réalisée à l’initiative d’Emerige, de la RATP et d’Île-de-France Mobilités, cette œuvre revisite le style Art Nouveau de l’emblématique Hector Guimard, adapté au style architectural futuriste de ce quartier Clichy-Batignolles que dessert la station. Avec ses 264 facettes vivement colorées, sur 5 mètres de haut et 12 mètres de large, la station attire immanquablement l’œil, place sous un signe à la fois enjoué et majestueux la transition entre métro et rue, circulation sous terre et à l’air libre.

Inaugurée le 1er juillet dernier, l’installation artistique de Tobias Rehberger s’inscrit parfaitement dans la politique culturelle de la RATP, qui sans cesse agrémente d’œuvres nouvelles les trajets quotidiens de millions d’usagers. Sur le prolongement de la ligne 14, ceux-ci pourront découvrir prochainement deux autres artistes de renommée internationale : l’Anglais Julian Opie à la station Porte de Clichy et la Coréenne Kimsooja à Mairie de Saint-Ouen. Qu’importe si l’on ne va nulle part…pourvu que voyage le regard.

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Cargaleiro redescend à Champs-Elysées – Clemenceau

C’est une première dans le riche itinéraire culturel du métro parisien : un artiste revient sur les lieux de sa création et signe, vingt-cinq ans plus tard, une deuxième œuvre dans la même station. La RATP a fait appel à Manuel Cargaleiro, peintre et céramiste portugais, maître mondialement reconnu des azulejos, pour agrémenter le nouvel accès de la station Champs-Élysées – Clemenceau, à proximité du Grand Palais. En 1995, Manuel Cargaleiro y avait réalisé une grande fresque de faïence aux motifs géométriques épurés.

Sa nouvelle composition, en cinq panneaux polychromes, témoigne des évolutions de son style. S’il associe toujours avec virtuosité peinture à main levée et art décoratif des azulejos, la géométrie simple des débuts s’est mise à foisonner, à briser ses lignes en effervescences florales et reflets ondoyants. La palette des couleurs primaires s’est enrichie de nuances subtiles, de contrastes encore plus saisissants. La RATP inaugure ainsi un nouveau type de mouvement non plus d’une époque et d’un créateur à l’autre, au rythme des stations, mais au sein même de l’œuvre et du travail d’un artiste.

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Vingt mille lieues sous terre

Offrir aux voyageurs un moment d’évasion, une exploration artistique, en cohérence avec l’histoire et la géographie de la station : nulle part mieux qu’à Arts et Métiers ne s’exprime ce principe. En 1994, pour le bicentenaire du Conservatoire national des arts et métiers, la RATP confie aux auteurs belges de bande dessinée Benoît Peeters et François Schuiten, inventeurs des célèbres « Cités obscures », la mission de recréer entièrement la station. Le duo revient aux sources de l’essor industriel et technique, avec l’esprit enthousiaste et pionnier qui animait aussi bien les premières expositions universelles que les bâtisseurs du métro parisien ou les romans de Jules Verne.

Le résultat est audacieux, original et d’une grande cohérence esthétique : une station version Nautilus, habillée de 800 plaques de cuivre rose, traversée de rouages mystérieux, ponctuée de 11 hublots avec vue sur les inventions des derniers siècles. Un sous-marin rétrofuturiste, dans le plus pur style steampunk, conçu pour embarquer les passagers dans les profondeurs de Paris, ou les remonter à la surface, ménager une transition rêveuse entre métro et musée des Arts et métiers.

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