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Rencontre

Le rôle des entreprises dans la transformation des métropoles

Patricia Crifo est professeure d’économie à l’Ecole Polytechnique, où elle dirige le Master Economics for smart cities and climate policy, membre du CREST (CNRS) et co-directrice de la Chaire Finance Durable et Investissement Responsable à l’Institut Louis Bachelier.

Les métropoles doivent accélérer leur transition énergétique : comment peuvent-elles y parvenir ?

P.C. La transition énergétique doit conjuguer deux dimensions en apparence contradictoires : la composante réglementaire imposée par les métropoles, perçue comme une contrainte pour les acteurs économiques, et la composante économique, qui traduit à l’inverse un potentiel d’investissement et de compétitivité. Les métropoles ne réussiront pas seules, l’intelligence collective est essentielle pour porter ce changement.

Les attentes à l’égard des entreprises en matière de transition énergétique sont très fortes. Elles ont un rôle à jouer pour accompagner les métropoles. D’une part leurs marges budgétaires sont ténues, d’autre part l’acceptation sociétale des nouvelles contraintes environnementales n’est pas acquise, comme l’illustrent par exemple les mouvements de contestation en France – bonnets rouges en 2013, gilets jaunes en 2018.

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« La responsabilité sociale des entreprises représente une opportunité économique pour la transition énergétique »

Patricia Crifo
Professeure d’économie à l’Ecole Polytechnique, membre du CREST (CNRS) et co-directrice de la Chaire Finance Durable et Investissement Responsable à l’Institut Louis Bachelier.

Comment les entreprises répondent-elles à ces attentes ?

P.C. Entreprises et investisseurs les ont très bien comprises : il est désormais usuel de combiner critères financiers et critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ainsi, en France, plus d’un tiers des actifs sous gestion, soit près de 1 000 milliards d’euros d’actifs, intègrerait plus ou moins fortement des critères ESG*.

Mes travaux montrent que dans les entreprises françaises, l’écart de performance économique serait en moyenne d’environ 13% entre les entreprises qui mettent en place des pratiques RSE et celles qui ne le font pas**. La responsabilité sociale des entreprises représente donc une opportunité économique pour la transition énergétique. Mais si la RSE s’est imposée depuis quelques années comme un sujet majeur, elle suscite autant d’espoir que de scepticisme.

Avez-vous des exemples d’expériences positives ?

P.C. Dans le cadre du Master que je dirige à l’Ecole Polytechnique, j’ai pu apprécier une expérience très intéressante : celle d’une Start-up française, Origins.earth, créée pour mettre à la disposition des collectivités les outils et solutions permettant d’accélérer la lutte contre le réchauffement climatique. Origins.earth a donné aux étudiants l’accès à ses données de MétéoCarbone, son service de surveillance urbaine pour le suivi et la réduction des émissions de CO2.

Celles-ci leur ont permis d’évaluer, pour leurs projets de fin d’étude, les politiques publiques de mobilité du plan climat de la Ville de Paris dans le cadre d’un partenariat entre l’Ecole Polytechnique et la Ville signé en 2019.

Références

* Crifo P., Mottis N., M’Zali B., 2022. L’investissement socialement responsable : succès ou dilution ? Revue Francaise de Gestion. Introduction au numéro. 300/21, 51-60.
** Benhamou S., Diaye MA., Crifo P. 2016. RSE et compétitivité. Evaluation et approche stratégique. Etude France Stratégie. 150 pages

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