Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

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Mémoire

L’âge de la participation ?

Sur fond de crise démocratique, « l’impératif participatif », comme le désigne Loïc Blondiaux, politologue et professeur de sciences politiques, nous offre-t-il aujourd’hui une chance de renouveler notre gouvernance ?

En France, l’idée de faire participer les habitants aux décisions n’est plus un concept marginal porté par des mouvements militants. Depuis les années 90, la participation citoyenne s’est imposée au sein des collectivités locales, qui y voient une réponse possible à la crise de la représentativité. Quant à l’ingénierie de la concertation, balbutiante il y a 60 ans, elle est devenue une vraie filière professionnelle dotée d’outils robustes, forgés par des années de pratique et d’expérimentation dans le monde entier.

De quoi répondre aux habitants très demandeurs d’une offre de participation citoyenne qui les associe enfin aux enjeux sociétaux et environnementaux qui les concernent. Une pratique devenue un incontournable de toute campagne et de la vie démocratique.

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« Les solutions existent déjà pour aller vers les territoires durables : il nous reste à déconstruire certaines visions du futur et interroger sans relâche la finalité de ce que nous faisons. »

Loïc Blondiaux
Politologue et professeur de sciences politiques

Comment est née l’idée de démocratie participative et comment a-t-elle évolué ?

L.B. Elle naît aux États-Unis dans les années 60, en relation avec la lutte pour les droits civiques des étudiants américains. On la retrouve en France sur le front des luttes urbaines, avec des populations plutôt jeunes, intégrées socialement, qui revendiquent un droit de regard sur la fabrique de la ville. C’est l’époque où des dizaines de Groupes d’action municipaux (GAM) éclosent en France et où Hubert Dubedout, élu maire de Grenoble, expérimente de nouvelles formes institutionnelles. Si 1968 est le point de cristallisation de cette demande de prise de parole, les années 80 vont marquer une reprise en main et un vrai retour en arrière.

L’idée de participation citoyenne est alors marginalisée et disqualifiée.
Elle va revenir dans la deuxième moitié des années 90 mais à partir de sources tout à fait différentes. La Banque mondiale, l’Union européenne, le livre blanc de Romano Prodi invoquent l’impératif participatif. D’autres apports, venus d’Amérique latine (ceux des mouvements altermondialistes) contribuent à diffuser cette idée et ce renouveau devient un mouvement de fond, d’autant plus puissant qu’on assiste dans le même temps à une érosion de la légitimité des gouvernants, à une montée de l’abstention et à l’intensification de la contestation contre de grands aménagements comme le TGV Méditerranée. Devant la résistance des petits élus, du monde agricole, des associations de défense de l’environnement à ce projet, l’État commence à réfléchir à un processus pour légiférer sur cette question de la consultation ou de la participation citoyenne.

Aujourd’hui, au niveau local, peut-on dire que cette participation citoyenne est devenue la norme ?

L.B. Au moins dans le discours, oui. Et souvent dans les faits. Ces démarches se sont généralisées et très largement diffusées. J’en veux pour preuve la multiplication des offres d’emploi pour les métiers d’ingénierie de la concertation.

Ces pratiques sont à maturité, on sait faire participer les citoyens et fabriquer de l’intelligence collective.

Les villes sont aux avant-postes de cette transformation. Pourquoi ?

L.B. Il y est plus facile d’associer les habitants aux enjeux qui les concernent : avec une population diplômée, disponible, demandeuse, les villes disposent de viviers de citoyens désireux de s’engager, ce qui n’est pas toujours le cas dans les quartiers plus périphériques ou en zone rurale.

Et puis la ville est un lieu où l’on voit émerger de nouvelles formes d’action publique, une transformation de la gouvernance à long terme. C’est fragile, certaines expériences ne résistent pas aux alternances électorales mais c’est plus robuste qu’au niveau régional ou national.

1962

Le terme de démocratie participative apparaît aux États-Unis, au sein des mouvements étudiants de lutte pour les droits civiques et s’étend à d’autres luttes, notamment autour de grands projets d’aménagement ou de rénovation urbaine.

1989

Un an après son élection à la tête de la municipalité de Porto Alegre (Brésil), le nouveau maire lance le premier budget participatif au monde. Cette innovation deviendra une référence en matière de politique de citoyenneté.

1995

En France, la Commission nationale du débat public (CNDP) est créée pour mieux prendre en compte le point de vue des citoyens dans les décisions d’aménagement du territoire. Le premier débat public organisé, en 1997, porte sur le projet « Le Havre, Port 2000 ».

2002

La loi dite « de démocratie de proximité » impose la création de conseils de quartier dans toutes les villes de plus de 80 000 habitants. En 1999, déjà, la loi Voynet avait instauré des conseils de développement à l’échelle intercommunale.

2004

L’article 7 de la charte de l’environnement affirme le droit de toute personne d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement.

2021

Le Premier Ministre français confie à Patrick Bernasconi, président du CESE (Conseil Économique Social et Environnemental), une mission relative à la participation citoyenne. Il lui demande notamment de réfléchir aux scénarios d’évolution institutionnelle pour permettre à la participation citoyenne de trouver sa place dans les institutions.

Tous concertés

A Paris, le groupe RATP en partenariat avec la Ville de Paris et la mairie du 20ème arrondissement a lancé une concertation citoyenne autour du projet urbain « Belgrand – Saint-Fargeau ». Cette approche participative fait partie de l’ADN du Groupe puisque dès 2016, un appel à idées avait été lancé auprès des voyageurs afin de favoriser l’émergence de leurs attentes en termes de commerces et de services. Plus récemment, en 2020, le Groupe a élaboré sa raison d’être en associant collaborateurs et parties prenantes externes en recueillant plus de 138 000 contributions.

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