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Rencontre

La frugalité pour répondre aux grands défis des villes

Théoricien de l’économie frugale, Navi Radjou est conseiller en innovation et leadership auprès des entreprises, institutions et collectivités. Indo-Franco-Américain, il parcourt le monde pour sensibiliser les dirigeants internationaux à la nécessité de changer de modèle économique.

Vous avez développé le concept d’innovation frugale. Que recouvre-t-il ?

N.R. : Directement inspiré du terme indien Jugaad, que je traduis par « débrouillardise », il consiste à développer des solutions, des produits, des services qui apportent davantage de valeur(s) en utilisant savamment les ressources existantes – matière première, connaissances, infrastructures.

Il ne s’agit pas seulement de faire avec moins, l’ambition est de faire mieux, d’améliorer les conditions de vie matérielles et émotionnelles de chacun. De se situer dans une démarche contributive, voire régénérative.

Pour vous, l’innovation frugale représente également une solution pour répondre aux défis sociaux, économiques et écologiques. C’est-à-dire ?

N.R : Le programme Recygo mené par La Poste et Suez en est une bonne illustration. Le principe : les facteurs récupèrent les déchets papiers des PME et TPE, que des personnes en difficulté recyclent ensuite. Ancré dans un territoire, ce modèle offre à la fois des revenus pour La Poste, plus de recyclage et de l’inclusion.

Alors que l’économie circulaire porte la focale sur l’écologie, l’approche frugale veut aussi répondre aux enjeux sociaux notamment sur la dimension humaine. C’est par exemple ces villes qui développent la mixité dans l’usage des espaces en installant des crèches au sein de maisons de retraite : on optimise l’existant, avec un réel bénéfice émotionnel pour chacun.

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« L’approche frugale est très puissante devant la raréfaction des ressources et le besoin de contribuer positivement aux défis qui sont les nôtres. »

Navi Radjou
Théoricien de l’innovation frugale

La ville frugale, justement, en quoi consiste-t-elle ?

N.R. C’est celle qui valorise au mieux toutes les formes de ressources dont elle dispose pour apporter une meilleure qualité de vie à chacun. C’est un changement profond, qu’exprime par exemple Pierre-André de Chalendar, Président de Saint-Gobain, dans son ouvrage Le défi urbain. À la différence de la Chine, nous ne pouvons plus, en Europe, construire toujours plus de nouvelles villes, nous n’avons plus le choix et devons composer au mieux avec l’existant en réutilisant, réhabilitant, en réinventant la manière de s’y déplacer, en transformant les usages pour redonner de la valeur aux ressources dont nous disposons.

Selon moi, cette situation de forte contrainte motive la créativité, composante clé de l’approche frugale. Par ailleurs, la ville ne peut plus être considérée seulement comme un espace de consommation. L’enjeu est d’y réintroduire des espaces de production alimentaire, d’énergie etc. Cela modifie le rapport aux produits car on perçoit ce qu’ils utilisent comme ressources. Ramener de la proximité est donc indispensable… mais surtout possible : voyez les micro-usines installées dans des containers, capables de produire des vaccins.

Comment en prendre le chemin ?

N.R. En élargissant notre façon de penser. Regardez ces villages kényans qui sont directement passés de la bougie aux panneaux solaires grâce à un modèle économique viable pour les usagers, qui payent au jour le jour, selon la quantité d’énergie utilisée. La grande ville n’a pas le monopole de l’innovation, elle peut aussi apprendre des bonnes pratiques qui existent en périphérie. De plus, il est urgent que les villes mobilisent l’intelligence collective et imaginent des solutions sur mesure selon leurs propres contextes.

Ce qui est essentiel, c’est d’aller vers l’expérimentation et le partage des bonnes pratiques pour essaimer ! La grande ville n’a pas le monopole de l’innovation, elle peut aussi apprendre des bonnes pratiques qui existent en périphérie. De plus, il est urgent que les villes mobilisent l’intelligence collective et imaginent des solutions sur mesure selon leurs propres contextes. Ce qui est essentiel, c’est d’aller vers l’expérimentation et le partage des bonnes pratiques pour essaimer !

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