Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

Retour au site RATP GROUP

Mémoire

Imaginaire en circulation

Les films de science-fiction ont ceci de captivant qu’ils nous immergent instantanément dans un autre monde, pensé dans les moindres détails. Parmi les trouvailles qui prennent corps dans ces films, certaines sont venues nourrir nos imaginaires, voire nos inventions.

Dans le domaine des moyens de transport, le constat est flagrant. Qui n’a pas rêvé de voyager dans la DeLorean de Retour vers le futur ? Si le voyage dans le temps n’est pas à l’ordre du jour, souvenons-nous d’un détail : le combustible de la célébrissime voiture finit par n’être… rien de plus qu’une poignée de déchets. Visionnaire ? Inspirant, à tout le moins ! Autre exemple, l’incontournable Blade Runner, dans lequel les personnages sillonnent, à bord de leur voiture volante, le Los Angeles de… 2019, imaginé par Philip K. Dick.

Les craintes liées à la révolution du numérique et à son couple terrible big data/Big Brother sont ainsi explorées jusqu’à l’enfer, dans Matrix ou dans Minority Report. L’émergence de la ville connectée a bien entendu alimenté les films plus récents. Là, le chemin se divise en deux représentations urbaines aux contrastes saisissants. D’un côté, la ville apaisée, lumineuse, dans laquelle évolue le héros de Her. Connexion permanente entre la ville et la nature avec ses transports doux – jusqu’au décor végétal d’un ascenseur qu’on imagine très rapide –, anticipation des moindres attentes humaines via l’intelligence artificielle…

Et dans la « vraie vie » ? Cinéma de fiction, intelligence artificielle et urbanisme ont trouvé un point de rencontre bien réel : le projet Neom, porté par le prince héritier saoudien, future mégalopole de 26 500 km2 qui sortirait de terre en 2025. La légende veut que le prince, enthousiasmé par le visionnage des Gardiens de la galaxie,
ait souhaité intégrer le chef décorateur du film et des spécialistes en effets spéciaux à l’équipe chargée de faire sortir de terre ce gigantesque projet. Annoncée comme capitale de l’intelligence artificielle et du divertissement, vitrine mondiale de la green tech, Neom est ainsi imaginée, produite et réalisée à Los Angeles.

Une ville « idéale, zéro défaut », dans laquelle l’humain et son comportement deviennent simples données. Un projet qui crée la controverse : Daniel Kaplan, penseur du numérique, critique cette inquiétante version de la smart city. Selon lui, celle-ci effacerait toutes les aspérités au cœur de l’identité des villes, et mènerait chaque ville à n’être que la réplique d’une autre. Autre écueil que pointe le fondateur de la Fing : la surveillance généralisée. Vous avez dit science-fiction ?

GettyImages-1166624542_800

Le design fiction, projection grand format

Tirer profit des imaginaires et des récits fictionnels, saisir le formidable potentiel de créativité offert par le numérique et la réalité virtuelle : c’est tout le sens du design fiction, discipline baptisée au mitan des années 2000 par l’auteur américain de science fiction Bruce Sterling. A la croisée de la prospective, du design et de la science-fiction, cette nouvelle méthode permet « d’expérimenter » des scénarios crédibles, permettant au public de réagir et à de débattre à partir de ce monde alternatif.

Il crée ainsi un espace au sein duquel il est possible d’envisager le présent autrement mais surtout, de décider des orientations pour l’avenir. Une démarche qui a par exemple été mise à profit lors de la biennale du Design, pendant laquelle une trentaine de participants ont co-designé une vision prospective de la ville de Nancy : interdiction des voitures au cœur de l’agglomération, densification de l’offre de transports en commun, agriculture urbaine, création de liens entre étudiants et start-up, etc. Choix d’usage, choix de consommation, choix de société : le design fiction ouvre une nouvelle voie pour explorer les futurs souhaitables.

Retour au site RATP GROUP