Qualité de villes, le magazine du groupe RATP qui donne à voir LA VILLE AUTREMENT.

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Inspirations

Focus sur San Francisco et Paris

Agir, transformer nos habitudes personnelles et collectives. Face à l’urgence climatique, cela paraît évident. Mais la réalité n’est pas si simple. Alors, qu’est-ce qui entraîne le passage à l’action ? Comment s’opère le déclic ?

À l’échelle des villes, dont le 6e rapport du GIEC a une fois encore souligné l’indispensable adaptation face aux risques climatiques, de nombreuses initiatives existent. Pour Pierre-Emmanuel Saint-Esprit, fondateur de ZACK, entreprise qui revalorise les déchets électroniques, une certitude : « le discours qui explique qu’il faut changer parce que le changement climatique signe la fin du monde est inopérant. » Ce passionné d’économie circulaire a été confronté à cette question du changement lorsqu’il a dû convaincre ses interlocuteurs de recourir au service proposé par ZACK. Il estime que le déclic s’opère via plusieurs facteurs. « Vous avez la loi anti-gaspillage qui impose aux entreprises de bouger.

Mais il y a aussi les collaborateurs qui refusent que leur entreprise nuise à l’environnement, et la nécessité de montrer aux clients des actions positives dans ce domaine. » Lui en est convaincu : « c’est une écologie des solutions – recyclage, réemploi, habitudes simples et efficaces -, qui permet aux gens, aux collectifs, de bouger. Quand vous proposez des solutions vertueuses pour l’environnement, avec un impact social et économique intéressant, cela permet d’imaginer un nouveau récit, positif. » Créer de l’attraction, susciter l’enthousiasme : deux incontournables pour donner l’élan. Et passer à l’action.

Objectif zéro

2002, conseil municipal de San Francisco. L’objectif « zéro déchet en 2020 » est voté. Et tout reste à faire. Le déclic ? Une étude qui montrait que 90% des déchets produits par la ville étaient recyclables. Mais aussi le regard porté par la municipalité, qui a considéré très tôt le déchet comme une ressource plutôt qu’une charge. Mais comment, en moins de 20 ans, cet objectif a-t-il pu être atteint ? La cité californienne a misé sur le recyclage et le compostage, pour en finir avec l’incinération et créer des emplois.

Recology, la coopérative chargée de recueillir les déchets des 860 000 habitants, gère ainsi un centre de tri de 20 000 m2, le plus spacieux au monde, équipé de technologies de pointe. Pour opérer la bascule, il a fallu embarquer toutes les parties prenantes : d’abord les hôtels et restaurants, pour leurs déchets organiques, puis les professionnels du bâtiment, tenus de recycler depuis 2006, béton, métal et bois. Enfin, les habitants qui doivent, depuis 2009, recycler et composter – incitation financière à la clé. Résultat : une participation massive et un système vertueux, pour l’économie comme pour l’environnement.

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« Passer à un mode de vie zéro déchet est un sujet collectif »

Laura Frouin
Chargée de projet à Zero Waste France

Vous intervenez auprès des collectivités sur le sujet de la réduction des déchets. Quels sont les leviers qui favorisent le passage à l’action ?

L.F. Le premier levier c’est tout simplement de montrer que c’est possible. Nous nous appuyons sur des exemples inspirants de villes passées au zéro déchet. Nous leur prouvons, aussi, que cela peut être positif d’un point de vue environnemental bien sûr, mais aussi économique, social et démocratique. Car, si ces décisions peuvent sembler très impopulaires, les sondages montrent aujourd’hui que les citoyens attendent de leurs élus qu’ils rendent accessibles le vrac, la consigne, la réparation ou le tri des biodéchets. Parallèlement, la collectivité peut mettre en place une tarification incitative, qui consiste à associer le coût de la taxe sur les ordures ménagères au poids des poubelles. Ces actions sont très efficaces pour réduire les déchets sur le territoire et bien acceptées par les citoyens. La ville de Besançon a mis cela en place, avec succès. Autre exemple : la ville de Strasbourg a instauré le zéro plastique dans les cantines scolaires.

Le deuxième levier c’est de montrer la faisabilité des choses : pour cela, nous utilisons des outils prospectifs et présentons des scénarii. En ce moment, nous travaillons pour une Région et leur avons partagé un scénario « la Région zéro déchet en 2050 ». Nos interlocuteurs prennent alors conscience de ce que signifie concrètement un mode de vie zéro déchet au niveau collectif. Ils constatent que ce n’est pas un changement si difficile, ni synonyme de vie quotidienne complexifiée ou de privations quand il est pensé et accompagné par les acteurs publics. Le récit devient séduisant et surtout, envisageable.

Quels freins avez-vous à lever lorsque vous travaillez avec des collectivités ?

L.F. Souvent, un service en particulier est très motivé sur le sujet mais éprouve une difficulté à embarquer les autres. Notre intervention en tant qu’association citoyenne externe permet aux différents services d’échanger autour de cette question. Puis nous les faisons travailler autour de solutions simples à enclencher. On leur conseille de démarrer « petit » – un flux de déchet, un événement, un service – pour initier un cercle vertueux.

Car, forts de leur succès, ils sont ensuite motivés pour passer à la vitesse supérieure. Ce qui est passionnant, c’est que nos interlocuteurs comprennent vite que la question du zéro déchet est une porte d’entrée : derrière, on déroule le fil de bien d’autres sujets. Gaspillage des ressources, modes de consommation, manières de penser la ville : la réflexion s’élargit ensuite. Et le passage à l’action suit.

Les Deux Rives, premier quartier d’affaires circulaire

Tout est parti des déchets. En 2012, la RATP, dont le siège social jouxte la Gare de Lyon, cherche une manière d’en mutualiser la collecte. Un premier lien se crée alors avec les entreprises du quartier autour d’un objectif commun : diminuer à la fois l’empreinte environnementale et le coût de la collecte. Trois ans plus tard, les États Généraux de l’Économie Circulaire du Grand Paris sont l’occasion, pour la RATP et la Ville de Paris, de nouer une convention de partenariat. Un passage à la vitesse supérieure s’engage alors en 2017. Sur le quartier d’affaires de 350 hectares, situé à cheval entre les 12e et 13e arrondissements parisiens, plus de quarante structures rejoignent le mouvement.

En travaillant autour d’enjeux communs, elles peuvent expérimenter des pratiques de mutualisation, plus sobres et plus productives. Par ailleurs, en novembre 2021, une structure de gouvernance dédiée a été créée, l’« Association Deux Rives, quartier circulaire ». Communauté d’entreprises, d’institutions et d’associations, Les Deux Rives ont récemment répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par la Région Ile-de-France pour favoriser le développement de ce modèle. Car au-delà de la volonté de pratiquer il y a, aussi, le souhait d’inspirer.

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« Le monde n’est aujourd’hui circulaire qu’à 8,6%. Cela signifie que la majorité des ressources naturelles extraites et utilisées ne servent qu’une fois avant de polluer nos sols et nos mers. »

Pierre-Emmanuel Saint-Esprit
Directeur général et co-créateur de l’entreprise circulaire ZACK, professeur d’économie circulaire

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